Fin de l'année universitaire : retour sur mes lectures du quatrième semestre de Lettres

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Si lors de mon troisième semestre j'avais parcouru les siècles, cette fois-ci je suis principalement restée au XXème ! Que cela ne m'en déplaise, c'est probablement ma période préférée de l'Histoire du monde. Mais avant de vous parler plus en détails de ces livres, je m'arrête juste un instant sur mes quatre seules (petites) lectures des siècles précédents.

XII-XIIIème siècle : les romans médiévaux

Pour mon cours de littérature médiévale, dans le prolongement de mon cours d'ancien français, j'ai dû lire deux petits romans : Le Chevalier au Lion de Chrétien de Troyes ainsi que Le Roman de la Rose ou Guillaume de Dole de Jean Renart. Ce que j'ai particulièrement aimé avec les romans médiévaux, c'est toute cette part un peu mystique, légendaire. La vraisemblance n'a pas vraiment sa place dans ces récits mais c'est justement ce qui fait leur charme je trouve. Bien sûr qu'une amitié entre un chevalier et un lion au XIIème siècle n'a jamais existé, mais les valeurs chevaleresques qui ressortent de cette union (courage, loyauté, défense, courtoisie, etc.) sont plutôt louables. J'ai un peu moins accroché au Roman de la Rose, peut-être pour son manque d'action.

XVI-XVIIème siècle : les classiques

Avançons maintenant au XVI-XVIIème siècle pour venir à la rencontre de Montaigne et La Rochefoucauld. Je l'admet, je n'ai pas lu Les Essais en entier, ni même les Maximes et Réflexions diverses, mais je pense avoir lu suffisamment d'extraits pour vous donner un avis. J'ai adoré la démarche de Montaigne, celle de s'étudier lui-même pour tenter de comprendre le monde et les hommes. C'était quelqu'un qui semblait très réfléchi, profondément optimiste et qui ne portait aucun préjugés sur autrui, et rien que pour cela, je l'ai aimé de suite. Parce que pour moi, si on arrêtait de porter des jugements sur n'importe qui sans les connaître, notre monde s'en porterait bien mieux. Si je devais vous conseiller certains essais, ce serait Des Cannibales et De l'institution des enfants qui m'ont particulièrement touché. À l'inverse, j'ai eu beaucoup de mal avec La Rochefoucauld. Je n'ai rien à redire sur son œuvre que je trouve particulièrement bien faite, cependant ses idées sont pour moi trop... cyniques et pessimistes. Je ne suis pas vraiment d'accord avec lui, si ce n'est sur un point : l'amour propre est bien le moteur de nos vies. Enfin, je suppose que cela se discute. Je vous laisse quelques maximes qui m'ont marqué ci-dessous.

« La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles. »
« On est quelquefois aussi différent de soi-même que des autres. »
« L’esprit est toujours la dupe du cœur. »


XXème siècle : théâtre et romans du monde

Place maintenant aux œuvres du XXème siècle. Je ne pourrais cependant pas m'arrêter sur toutes mes lectures parce qu'il n'y a pas moins de dix-huit livres et donc cet article serait bien trop long à lire pour vous. 

Niveau théâtre, j'ai pu lire Huis clos de Sartre, La guerre de Troie n'aura pas lieu de Giraudoux, Rhinocéros de Ionesco et Fin de partie de Beckett. Moi qui n'ai jamais été une grande fan de théâtre, je dois dire que ces livres m'ont plutôt bien réconciliés avec ce genre. Ces quatre œuvres sont toutes très intéressantes, mais si je ne devais en retenir que deux, cela serait Huis Clos et Rhinocéros. Sartre nous propose une œuvre existentialiste qui nous montre que « L'enfer, c'est les autres. ». Il prouve ainsi que le jugement des autres est parfois bien plus tranchant que la torture physique, et que trop dépendre du regard d'autrui peut rapidement nous emmener en enfer. Quant au théâtre de l'absurde de Ionesco, ce que j'ai vraiment apprécié dans cette œuvre, c'est cette dénonciation des mouvements de masse qui retire toute identité aux hommes, aussi censés soient-ils. Cela fait bien évidemment échos aux armées et populations qui ont été endoctrinées par Hitler pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Et niveau romans français, ça donne quoi ? Sans ordre particulier : Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, L'Étranger d'Albert Camus, Voyage au bout de la nuit de Céline, Rue des boutiques obscures de Patrick Modiano, Enfance de Nathalie Sarraute, Le Rivage des Syrtes de Gracq, Un amour de Swann de Proust. Je dois dire qu'à part Mauriac, je n'avais jamais lu ces grands noms de la littérature française alors ce fut vraiment une grande découverte pour moi. Le plus grand d'entre tous est probablement Voyage au bout de la nuit que j'ai malheureusement dû lire très rapidement. C'est un récit très dense, qui s'attaque à de nombreux sujets comme la guerre, le nationalisme, le colonialisme, la capitalisme et probablement à encore beaucoup d'autres mots en -isme. Bardamu est un personnage profondément lâche et pessimiste, ce qui en général ne rend pas un récit très attrayant, pourtant cela ne m'a pas rebuté à la lecture. Si Céline s'est révélé être un homme ignoble, on ne peut pas lui retirer qu'il a produit une très grande œuvre. J'ai également apprécié découvrir Proust, même si je ne pense pas me lancer dans la lecture d'autres de ses livres dans l'immédiat. Et mention spéciale à Modiano dont j'ai vraiment adoré l'histoire. Dans ce récit, on retrouve un homme amnésique qui décide de partir à la recherche de sa propre identité. Mais il va rapidement se rendre compte qu'il est parfois difficile de démêler les rêves de la réalité, surtout lorsque nous ne sommes plus que quelques photos et bouts de papier dans une boite à biscuits...

J'ai également à vous présenter des livres non pas français mais francophones : Derborence du suisse Ramuz, La grosse femme d'à côté est enceinte du canadien Michel Tremblay et En attendant le vote des bêtes sauvages de l'ivoirien Ahmadou Kourouma. Pour le coup, je dois dire que ces romans vous font vraiment voyager non pas simplement de par leur histoire mais de par leur écriture. Tous rédigés en français, on retrouve des dialectes propres à leurs pays ce qui vous plonge dans une ambiance toute particulière. Si avec Derborence, vous pouvez entendre le souffle des montagnes, ou ressentir la chaleur de l'Afrique dans En attendant le vote des bêtes sauvages, c'est vraiment avec Tremblay que j'ai le plus accroché. Je crois que c'est la première fois que je lis un livre avec un accent québécois. C'est assez amusant à vrai dire. Et puis l'histoire en elle-même est plutôt pas mal, celle d'une famille un peu spéciale, pas très appréciée par les voisins, mais qui est touchante dans son intimité.

Et enfin, concernant les romans étrangers, j'ai lu trois livres de l'écrivain allemand Ernst Jünger, que j'ai difficilement apprécié : Sur les falaises de marbres, Héliopolis et Abeilles de verre. J'ai vraiment eu beaucoup de mal à les lire, je n'accrochais ni à l'histoire, ni aux personnages, ni à l'écriture en elle-même (et je ne pense pas que ce soit la faute du traducteur). J'ai préféré le roman Le Désert des Tartares de l'italien Buzzati. Même si on retrouve un personnage qui ne fait pratiquement qu'attendre tout au long du livre, le récit est assez plaisant et on a envie d'aller jusqu'au bout pour savoir comment cela va se finir. Mais je n'ai pas grand chose à dire de plus pour ces romans, je pense que ce sont ceux qui m'ont le moins plu lors de mon semestre, et mon cours ne m'a pas trop aidé à les comprendre...

Voilà très rapidement ce à quoi a ressemblé mon quatrième semestre de lettres ! Ce n'est vraiment qu'un rapide avant-goût, je ne suis pas trop entrée dans les détails mais si cela vous intéresse, je serais ravie de discuter de l'un de ses livres avec vous. En ce qui concerne mon prochain semestre, il se passera en Croatie ! Je vais suivre majoritairement des cours en français donc je pense que de nouvelles lectures vont s'imposer... Je vous tiens au courant !

Pauline, fondatrice de Mangeons les livres

Étudiante en Lettres/Communication/Cultures numériques, j'ai lancé ce blog en 2015 afin d'échanger avec vous sur mes lectures. Cela représente comme une sorte de compromis pour moi qui suis à la fois « geek » et rat de bibliothèque. Si vous souhaitez me contacter, vous pouvez m'envoyer un email à mangeonsleslivres@gmail.com, et/ou me rejoindre sur mes réseaux sociaux.

2 commentaires:

  1. Whaou tout un programme ! De tes lectures, je n'ai lu que L'étranger et Rhinocéros, deux lectures que j'ai beaucoup apprécié, mais surtout le Camus.
    Tu m'as donné envie de découvrir ces auteurs francophones ! J'adorerai découvrir la littérature québécoise :)

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  2. Moi je n'ai pas accroché tant que ça à Camus, justement peut-être pour ce côté distant... Mais par contre Rhinocéros j'ai adoré!
    Il y a beaucoup d'auteurs francophones dont on entend peu parler, c'est dommage! Moi aussi j'aimerais davantage découvrir la littérature québécoise :)

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